Le Congo a un nouveau gouvernement. Un gouvernement qui devait incarner le souffle du renouveau, mais qui donne l’image d’un casting paradoxal : d’anciens ministres recyclés malgré leurs échecs et, fait inédit mais révélateur, une montée fulgurante des pasteurs et leaders religieux dans les sphères du pouvoir. Désormais, la chaire se confond avec la chaire ministérielle.
La religion, miroir d’une société en quête de repères
En République démocratique du Congo, la foi n’est pas qu’une affaire de spiritualité. Elle est partout : dans les quartiers, les médias, les chansons, les promesses de guérison et les rêves de prospérité. Les églises gèrent des établissements scolaires, universitaires et hospitaliers. Pour un grand nombre de personnes, le pasteur est plus accessible que le député, plus crédible que le ministre. Dans un pays où la politique a souvent trahi, le religieux est devenu un refuge.
Il n’est donc pas une surprenant qu’il s’engage en politique. Ce qui étonne, c’est la vitesse à laquelle il grimpe, et l’aura morale dont il bénéficie, même lorsqu’il prend des fonctions où l’expertise devrait primer sur les prières.
De la chaire à la politique : l’ascension religieuse et l’église comme un clan politique
L’exemple le plus frappant est celui de Grace Kutino, pasteure évangélique devenue ministre de la Jeunesse et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté. Une femme de foi, respectée dans son milieu religieux, mais dont l’arrivée à ce poste interroge : qu’apporte une expérience pastorale face aux défis immenses de la jeunesse congolaise tels que le chômage massif, absence de perspectives, désespoir migratoire ?
La symbolique est forte : l’évangile s’installe désormais dans la gestion de la chose publique. Mais ce passage du spirituel au politique soulève une question délicate : veut-on gouverner la jeunesse avec des politiques publiques ou avec des sermons inspirés ?
Un autre exemple marquant : l’église Philadelphie, connue pour son influence grandissante et sa proximité assumée avec le président Félix Tshisekedi. Sous l’apparence d’une communauté spirituelle, beaucoup y voient un véritable clan politique parallèle, un lobby religieux qui pèse lourd dans les nominations, les arbitrages et les équilibres du pouvoir.
Cette collusion brouille les frontières. Quand un pasteur devient un « allié » politique, prêche-t-il encore la parole de Dieu ou celle de son camp ? Quand une église se transforme en vecteur de pouvoir, sert-elle les âmes ou les ambitions ?
La foi comme stratégie politique
Les dirigeants congolais connaissent parfaitement leur peuple et savent la place centrale qu’occupe la religion dans la vie quotidienne, ainsi que la dépendance extrême du Congolais aux messages spirituels. Ainsi, miser sur des pasteurs au gouvernement devient donc une stratégie : endormir la population avec la Bible pendant que le pouvoir s’exerce sans contrepoids. La foi se transforme en outil de contrôle social, neutralisant toute contestation, critiquer un ministre-pasteur revient à attaquer la foi elle-même. (« Ne touchez pas aux oints ».)
Cette sacralisation du pouvoir crée une zone d’impunité et transforme la politique en un culte où le peuple applaudit mais ne questionne plus. Une République qui se sanctifie court alors deux dangers : remplacer l’expertise par la ferveur et confondre la foi intime d’un peuple avec les calculs d’un régime, mettant en péril ainsi la responsabilité civique au profit du contrôle spirituel.
Le Congo n’a pas besoin de pasteurs recyclés en politiciens ni de ministres-pasteurs sous perfusion religieuse. Il a besoin de serviteurs de l’Etat au sens noble, aptes à établir des politiques claires, transparentes et responsables.
La foi peut éveiller les consciences, mais elle ne doit pas devenir l’alibi des échecs du pouvoir. Car la véritable prière d’un peuple, ce n’est pas dans un temple qu’elle s’exauce : c’est dans la justice, l’éducation et le progrès partagé.
Toujours les mots justes dans tes analyses.
Merci pour ton travail.
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